Le progrès des visionnaires

Il a maintes fois été dit qu’il ne faut jamais sous estimer un groupe de jeunes gens qui désirent changer le monde. En vérité, il n’y a que cela pour y arriver. Cette jeunesse dont tous les êtres jouissent est un effet secondaire du cycle de la vie, une phase transitoire durant laquelle la mémoire s’emplit des images que l’on appelle dans le langage humain l’expérience. De la jeunesse nait la maturité et de la maturité vient la sagesse. Curieusement toutefois, cet effet secondaire possède lui aussi des effets secondaires, un deuxième ordre de conséquences qui imprime à même le tissu de la vie les motifs mêmes de l’évolution. Sans la jeunesse, rien de nouveau ne serait essayé; sans elle, aucun progrès ne serait jamais accompli. Le manque d’expérience n’est pas, comme les esprits conservateurs aiment le penser, une tare qui n’attend que le temps pour la corriger. Au contraire, les insuffisances des jeunes esprits forcent souvent à poser des gestes qui ne sont pas dérivés d’une réponse automatique poussée par l’habitude. Ces actions viennent plutôt d’une analyse objective de la situation, un exercice d’intelligence qui donne des résultats aléatoires et parfois surprenants.

Ainsi, c’est au temps où les rêves sont fous et l’énergie pour les accomplir est abondante que jaillit la source du progrès. Comme l’eau les idées font leur chemin. Certaines sont réabsorbées par la terre et ne feront surface que beaucoup plus tard. D’autres ruissellent puis sont recueillies et portées par des foules de plus en plus nombreuses. On les boit jusqu’à ce qu’elles deviennent les nôtres, on en parle comme si elles venaient de nous. Mais l’effet est toujours le même, les gens changent et lui font une place dans leur quotidien. Ils l’enseignent à leurs enfants qui le feront à leur tour, l’idée se propage jusqu’au point où il devient difficile de savoir ce qu’était la vie sans elle.

De ces idées issues de la jeunesse et qui provoquent des vagues de fond, l’histoire est remplie. Elles sont de natures diverses, il n’y a qu’à penser à la découverte des mécanismes de contrôle de l’électricité et à l’invention des moyens omniprésents de communication pour se convaincre que certaines idées ont des effets dramatiques sur la gouverne de l’humanité. Si ces dernières sont de nature technologique ou scientifique, d’autres exemples couvrent l’apparition de mouvements religieux où les idées sont métaphysiques ou carrément mystiques mais dont l’effet n’est pas moins grand. Entre ces deux extrêmes, des idées sur les systèmes économiques et les structures de gouvernement qui nous encadrent sont toutes aussi puissantes même si souvent difficiles à pousser de l’avant.

De tous les facteurs qui régissent nos vies collectives, ceux qui mettent en cause la hiérarchie humaine, cette quête éternelle de statut face aux autres de notre espèce, sont les plus difficiles à changer. L’absorption d’une nouvelle technologie qui vient combler un besoin pressant et évident est facile, on l’adopte sans même y penser. La proposition d’une nouvelle forme de gouvernance est toutefois beaucoup plus difficile à faire avaler et ce, pour maintes raisons qui entrent directement en contradiction avec la fibre compétitive dont nous sommes issus. Encore aujourd’hui comme autrefois, nos sociétés sont fondées sur des bases hiérarchiques jusqu’à présent immuables. La lutte sans relâche pour le statut face à nos pairs enrichit notre vocabulaire de mots comme ascension, promotion, grade, nomination, élection, affectation, révolution, trahison, exclusion, destitution, excommunication, renversement, expulsion, chute et déchéance pour ne nommer que ceux là. Pour grimper dans cette pyramide sociale, les efforts et sacrifices sont immenses si bien qu’une fois l’ascension complétée, on ne tient plus à redescendre.

Se créent ainsi dans cette politique deux positions distinctes, l’une qui se déplace vers le haut et l’autre qui tente de maintenir son équilibre. Il n’y a pas à chercher loin pour observer une corrélation évidente entre ces positions et les courants de pensée qui caractérisent notre époque. Le progressisme insuffle des idées nouvelles dans l’espoir de battre un sentier ascendant. Contre lui se bat le conservatisme, retranché dans une position stable afin de maintenir son statut. Le premier regarde vers le futur, l’autre vers le passé. L’un est offensif, l’autre se défend. L’un suit les principes naturels de l’évolution, l’autre stagne et reste en place jusqu’à ce qu’il soit affaibli et délogé par les plus forts.

Les visionnaires de ce monde appartiennent toujours au clan des progressistes. Avec comme seules armes leurs idées nouvelles et la force déterminée de leur jeunesse, ils auront vu une brèche dans la palissade conservatrice, auront émis leur plan et amassé des alliés une fois partis en campagne. S’amorcera alors une série de batailles, une guerre qui durera plus ou moins longtemps et dont ne sortiront victorieux que les plus forts et rusés combattants.

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