Corrélations

Je vais lui bousiller son ordi, c’est ce que je vais faire. Rien de plus facile que d’infiltrer une machine Windows et de faire disparaître deux ou trois fichiers critiques. Non, mieux encore, je vais lui planter un rootkit dans le genre keylogger dont il se souviendra. D’ici quelques jours, j’aurai la liste complète de tous ses mots de passe et des sites qu’il a visité. Oui, c’est ça mais d’abord, j’aurais besoin d’avoir accès à son bureau, physiquement. Il me faudra de l’aide pour ça. Dannie ou Ahmed pourront faire l’affaire et à deux ça sera beaucoup plus facile. Il faut d’abord attendre qu’il sorte du bureau. On entre ensuite et on demande à voir immédiatement notre monsieur. La réceptionniste essaiera son téléphone, sans réponse. Dannie prendra son cellulaire et fera semblant d’essayer de le joindre. Échec. On conclura qu’il est à l’intérieur, hors de la zone de couverture. Ahmed insistera sur le caractère urgent de l’affaire et priera la réceptionniste d’aller voir où il pourrait se trouver. Elle acquiesce et se lève. Ahmed l’attend, Dannie file à l’intérieur du bureau en prenant au passage un badge pour les visiteurs qui ne nécessitent pas d’être accompagnés. Il faut suivre la réceptionniste sans se faire voir. Elle se rendra immanquablement à son bureau en premier pour voir s’il est revenu ou encore s’il ignorait tout simplement son téléphone. Évidemment, il n’y est pas et elle continue sa quête pour le retrouver. Dannie se camoufle et la laisse s’éloigner avant d’entrer dans l’aire du travail de la victime. Il insère un CD-RW dans le lecteur de son PC et appuie sans révérence sur le bouton reset de la machine. Le PC redémarre, voit un CD dans le lecteur et charge en mémoire le système d’exploitation qui s’y trouve. Un programme s’exécute qui va placer quelques fichiers dans le dossier C:\windows\system32 et en profitera pour récrire quelques clés dans les registres de Microsoft. Enfin, le programme effacera le CD-RW encore dans le lecteur et commandera à la machine de démarrer à nouveau. Comme cette fois le disque est vierge, l’ordinateur exécute la séquence de démarrage de Windows normale sauf que cette fois, on a laissé un petit oeuf de Pâques à l’intérieur. Notre bonhomme ne s’apercevra jamais que toutes les touches qu’il appuiera sur son clavier seront enregistrées et envoyées à mon joli petit serveur en Russie, mon joyau, pas plus accessible que le Koh-i-Noor dans le trésor Royal pour quelqu’un qui ne s’y connaît pas… Lire la suite »

Divergences olfactives

Dans bien des édifices du pays, à la même heure si ce n’était du décalage horaire dû à l’immensité du territoire, les fours à micro-ondes des cafétérias et dînettes se mettent en marche et bombardent d’ondes radio à haute puissance une variété de composés organiques riches en eau. Ces ondes sont éjectées à une fréquence bien précise, deux milliard, quatre cent cinquante millions d’oscillations à la seconde. Les molécules d’eau, de gras et de sucre s’en trouvent toutes excitées et se mettent à vibrer dans toutes les directions, créant un phénomène qu’on appelle la chaleur. Lorsque la chaleur est suffisante, les molécules d’eau auxquelles s’attachent des particules organiques se changent en vapeur et sont capturées par un jet d’air mis en mouvement par les pales d’un ventilateur. Elles s’échappent de leur enclos et se répandent dans l’air ambiant où elles se mélangent à leurs consoeurs issues d’un des fours voisins. Lorsque passe par là un être vivant dont les organes olfactifs sont encore fonctionnels, une partie de la vapeur est aspirée par les naseaux dont l’intérieur est tapissé de cils particuliers. Ceux-ci sont en effet les extensions de neurones et servent à en augmenter la surface. Lorsqu’une molécule est piégée dans ces cils, ceux-ci réagissent de façon différente selon la molécule présente. Un signal différent est ainsi envoyé au cerveau qui donne son interprétation basée sur la mémoire: cette molécule est CH3COOC5H11: ça sent l’orange. Par contre, ce mélange de molécules est associé au souvenir des saucisses italiennes, celui-ci au saumon fumé tandis que cet autre rappelle le pâté chinois. Lire la suite »

Extractions fruitées

Edna referma la porte derrière les visiteurs et laissa échapper un long soupir. Elle se retint de verser la moindre larme mais l’envie était forte; elle étouffa un sanglot et ravala le reste de son chagrin. Elle laissa échapper un cri, un court hurlement de colère et se précipita aussitôt à la fenêtre pour voir si quelqu’un pouvait l’avoir entendue. L’agent qui venait de l’interroger montait en voiture mais ne donna pas signe d’avoir perçu son élan de rage.

Elle se retourna d’un coup et se laissa choir sur le plancher du salon, le dos contre le mur. Son coeur battait à un rythme de panique, sur son front perlaient des gouttes rondes et froides. Ce qu’elle venait de voir lui avait transpercé la poitrine et il lui avait fallu tout le contrôle dont elle était capable pour ne pas perdre la face devant les policiers. Ça y était maintenant, les flics étaient après elle. Elle avait nié bien sûr, comment faire autrement, mais le ton sur lequel les limiers lui avait répondu suggérait qu’ils ne la croyait pas. Lire la suite »