Credo

Pierre St-Clair connaissait deux versions de la même histoire et ce diptyque ne lui posait aucun problème d’ordre éthique ou professionnel.

« À cause de la faiblesse de nos sens, nous sommes impuissants à distinguer la vérité. »

Il leva les yeux de son écran et regarda par la fenêtre de son bureau, un vue en tous points identique à celle qu’il avait convoitée pendant son ascension en carrière. Son oeil lui envoya deux images, celle au loin des rues, parcs et édifices, et celle tout près, sa propre réflexion transparente, voilée à demie dans un rayon de lumière solaire.

Dans ces moments de rêverie, quelques échos de son jeune temps de journaliste lui revenaient parfois en tête, des tirades bien tournées extraites des chapitres d’introduction des manuels universitaires. Sa préférée, classique et clichée à la fois, faisait office de credo pour nombre de ses collègues.

Le journaliste est avant tout un témoin qui rapporte le plus fidèlement possible les faits importants de la vie de notre société. Il est responsable d’une bonne partie de l’information de ses concitoyens et en ce sens il joue un rôle très important dans une démocratie.

Un rictus lui plissa les yeux et dévoila ses dents. Démocratie, pensa-t-il. Il trouva intéressant de constater que les mots pouvaient toujours être interprétés des plusieurs façons, que leurs définitions devenaient élastiques dans des circonstances changeantes. Lire le reste de cette entrée »

FLR­­­­

Ahmed attendit qu’un stationnement se libère juste en face de l’édifice avant d’y entrer. Son plan avait beau être improvisé, il prévoyait quand même un départ rapide en cas de besoin. Il sortit de la voiture sur le pavé mouillé et se tourna vers le numéro 88. Le bâtiment était imposant même pour cette partie de la ville, une usine recyclée en lofts principalement occupés par des étudiants et des artistes. Le vent du soir poussa une rafale en sa direction, comme pour le dissuader de poursuivre sa quête. Ahmed fut secoué d’un tremblement.

Sans verrouiller la portière, il se mit en marche, traversa la rue et se dirigea d’abord vers le marchant dépanneur au coin de la rue. La clochette tinta et une femme d’une cinquantaine d’années lui souhaita le bonsoir. Ahmed jeta un oeil dans la lumière blanche autour de lui et s’assura qu’il était seul. Il se dirigea vers la cafetière et ouvrit la conversation.

« Ce vent va me tuer. »

La dame toussa avant de répondre. « Pas votre premier hiver ici, non? »

« Non, mon père est arrivé ici en 1975 et a marié ma mère qui est née ici. Je connais bien l’hiver. »

« Ah. J’ai toujours voulu parler à quelqu’un qui vient d’arriver, juste pour voir comment la température se supporte. »

« Peut-être la prochaine fois. Un paquet de Sillk s’il-vous-plaît. » Ahmed tendit un billet et sortit une cigarette du paquet et vint la prendre du bout des lèvres. Il s’étira la main au dessus du comptoir et prit des allumettes. Il en détacha une de son carton, pencha la tête et serra les lèvres, une combinaison de gestes qui suggérait qu’il allait commettre une impolitesse devant la caissière. Lire le reste de cette entrée »

Varia

D’ici quelques semaines, j’aurai quitté mon travail pour revenir à la maison. C’est la première fois que je serai volontairement sans emploi pour une longue période de temps. Je vais en profiter pour me mettre plus sérieusement à l’écriture et tenter de terminer l’histoire en cours.

J’aime bien la tournure que prend Heuristique et j’ai encore plein de bonnes idées pour développer l’intrigue. Je n’ai aucune idée de combien de gens passent ici une fois de temps en temps pour la lire, je n’ai fait aucune publicité pour promouvoir ce site. J’ai quand même un plaisir fou à écrire de la sorte, je trouve l’expérience très formatrice et enrichissante. J’imagine qu’il doit exister d’autres blogues de fiction, si vous en connaissez, laissez-moi une note et je tâcherai d’aller y faire un tour.

Je suis aussi en train de mijoter une nouvelle histoire dont voici un synopsis:

Dans la belle ville de Québec, Clutch, un talentueux adolescent et sa bande de quatre conçoivent et lancent un nouveau programme sur Internet, l’Effecteur, qui permet aux cerveaux combinés de tous les internautes de « tracer » un chemin entre le présent et un certain futur souhaitable. La gloire est à leurs portes et le groupe est acclamé dans le monde entier lorsque leur application est utilisée pour régler un conflit en Amérique Centrale. Pendant que la planète se penche sur de grandes questions, certaines puissances comptent utiliser l’Effecteur à des fins moins humanitaires.

Je ne sais pas exactement quand je vais la commencer mais ça bouillonne depuis un bon moment alors je suis anxieux de la coucher une bonne fois pour toutes sur « papier ».

Bonne lecture!

Marketing

« Bah, je ne suis pas influencé par la publicité. »

« On l’est tous. Tiens je te donne un exemple. As-tu entendu parlé de l’expérience de Zamuner? Il aurait fait le test suivant: dans des communautés indigènes du Brézil, il a présenté à plus de 800 personnes deux breuvages que les sujets devaient goûter. Ils devaient ensuite dire si les deux étaient pareils ou différents. Un peu plus de 92% ont dit que les deux potions étaient la même. Dans les verres: Coke et Pepsi. On en conclut qu’à toutes fins pratiques, les deux sont identiques. Pourtant, au Brésil, 69% des gens choisissent Pepsi au lieu de leur rival. Pourquoi? La campagne publicitaire de Pepsi a été plus efficace. Ils ont été meilleurs à cerner les attributs influençables de la population et à jouer dessus. »

« Pareil pour moi, je n’ai pas de préférence pour l’un ou l’autre. » Lire le reste de cette entrée »

Cryptanalyse

La porte de la passerelle de l’Atlantis s’ouvrit et Ramis y pénétra d’un pas sûr. Sa mission à la surface de Vénus s’était bien déroulée et pour lui et le reste de l’équipage, la recherche de la base des Sylvidres allait pouvoir commencer.

« Ramis, pourquoi as-tu aidé Érosa à s’enfuir? », lança Albator sans préambule ni arrière pensée. Il préférait entendre la version de Ramis avant de le juger.

« Ce n’était pas Érosa que j’aidais c’était ma mère », interjecta calmement Ramis, plus confus qu’offensé.

Il y eut un moment de silence sur la passerelle. Le ton sur lequel s’était objecté Ramis ne laissait aucun doute quant à sa sincérité. Albator sourit alors que cette idée frappait son esprit. Il avait été dupé par Érosa…

Ahmed entra dans la pièce, les mains dans les poches, le regard intrigué.

« Comment Jeff arrives-tu à travailler alors qu’il y a toujours un dessin animé qui joue en même temps? Tu ne peux pas regarder des émission pour les adultes comme tout le monde? »

« Ahmed, mon ami Funky, ça c’est Albator, on l’aime quand on est petit et on le redécouvre quand on devient grand. Crois-moi Ahmed, c’est beaucoup plus adulte que les trois séries CSI mises ensemble. En passant, tu n’as pas oublié que tu me dois une explication… » Lire le reste de cette entrée »

Manifeste

Une copie griffonnée du Manifeste pour la Démocratie traînait sur le sol, ouverte sur le tapis et répandant ses mots dans l’espace qui l’entourait en attendant qu’un oeil les capte. Deux yeux se trouvaient dans la même pièce, incapable de voir la lumière des mots qui était projetée vers le haut alors qu’eux se gavaient de la lumière qui descendait du plafond. Les yeux ne voulaient plus regarder le texte, ennuyés que le cerveau puisse les réciter de mémoire avant même qu’ils ne les décodent. Ils avaient passé la nuit à chercher les erreurs à tous les niveaux: des mots mals formés, des phrases incohérentes, une logique biaisée. Il n’y avait plus rien à voir, c’était terminé, le texte existait dans sa forme finale, un concept bien relatif puisque le texte lui-même suggérait le changement perpétuel.

Les yeux se fermèrent un instant, le corps qui les entourait en train de s’assoupir. Ils se réouvrirent soudainement et on aurait pu y lire la peur, une peur près de la panique qui ne dura qu’un instant avant que les yeux ne se mouillent. Cette suite d’événements constituait un cycle qui avait commencé plusieurs jours auparavant et qui passait toujours par la phase des larmes avant le sommeil. Lire le reste de cette entrée »

Sur la Route

[Yolande Auclair] « Bienvenue à Sur la Route et bon matin à tous nos auditeurs qui sont debout à cette heure et par un temps aussi crasseux. Le monde vous appartient et si ce n’est pas le cas eh bien du moins vous le méritez n’est-ce pas Pierre? »

[Pierre St-Clair] « Absolument Yolande, j’ai vraiment le sentiment que le monde m’appartient à chaque fois que mon réveil sonne à 3h45. Il n’y a pas de meilleure sensation. »

[YA] « Je détecte une tasse et tiers de cynisme dans ta recette Pierre, tu n’aimes pas ça voir le soleil se lever tous les matins devant nous? Pour ceux qui ne sont jamais venus dans nos studios mesdames et messieurs, la vue sur l’est est imprenable, nous avons probablement la meilleure vue de toute la ville, non? »

[PSC] « Là dessus pas de doute, d’ici on voit tout ce qui se passe et rien ne nous échappe. Et puis tiens, je vais en profiter pour remercier le studio qui garde cette fenêtre toujous propre pour nous, c’est un vrai plaisir de travailler ici. Alors, qu’est que nous avons au programme aujourd’hui? » Lire le reste de cette entrée »