Fajr

La perte d’un ami n’avait rien de nouveau pour Ahmed Mohammed Ait-Khader, le chagrin qui l’accompagnait n’avait toutefois jamais été tout à fait comme celui-ci. Mais n’était-ce pas à chaque fois un peu différent de la précédente?

Il n’arrivait pas à croire à ce qui venait de se produire. La mort d’Alexander n’aurait jamais dû se produire, pas ici, pas dans ce pays. D’un autre côté, il ne comprenait que trop bien les raisons de la mort de son ami et il savait qu’il aurait pu la prévenir.

L’idée lui faisait mal. Pourquoi n’avait-il pas mis les autres en garde des risques qu’ils couraient en lançant les première tentacules publique du projet que tout le monde appelait maintenant Centurion? Pourquoi avait-il gardé le silence après les premiers indices? L’homme qu’il voyait plusieurs fois par semaine, les sons dans le téléphone?

Il connaissait la réponse. Il n’avait rien dit car il ne pouvait croire que ce genre de choses arriveraient ici dans ce pays. Il prit conscience que le comportement humain transcendait races et religions et que partout où il irait, il verrait ses semblables se battre pour le pouvoir, un combat souvent mortel. Cette nouvelle idée s’enracina profondément en lui et renforça ses convictions quant à Centurion. Lire le reste de cette entrée »

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L’art du langage

Jeff Richard avait l’habitude de dormir sur sa table de travail. Depuis qu’il bossait sur ce projet qu’il avait baptisé Projet Centurion, son horaire était devenu aussi difficile à cerner que l’électron d’Heisenberg. Mais Jeff aimait ce rythme, il se sentait au maximum de sa forme lorsqu’il pouvait laisser ses idées couler dans les moules qu’il préparait pour elles. Jeff était un artiste dont l’art ne pouvait être décodé que par quelques rares initiés.

Jeff n’utilisait ni toile, ni granite pour exprimer son art. Comme un écrivain, il commençait devant une page blanche et l’emplissait de mots qui étaient disposés selon une grammaire bien définie. Comme toute autre grammaire, elle lui permettait de bien tourner ses phrases, de leur donner un aspect plaisant à regarder, à la fois esthétique dans sa forme et dans sa sémantique. Jeff était un poète de ce langage, ses créations étaient élégantes comme chez Balzac où chaque phrase convoque deux ou trois significations. Il tricotait ses strophes en histoires complexes rappelant Frank Herbert, faisant transparaître une logique complexe au nième degré. Malgré tout, son oeuvre restait simple à comprendre comme un récit de George Steinbeck, clair et structuré et toujours bien linéaire. Lire le reste de cette entrée »

Rêves

Edna posa son document sur la table près d’elle quand son portable accroché à la courroie de son sac à main se mit à vibrer. Alexander aurait terminé sa réunion à cette heure, c’était probablement lui qui envoyait un texto pour annoncer qu’il rentrait.

Son écran lui envoya autre chose toutefois. Le message d’Alex ressemblait plus à un gribouillis d’enfant. Flr 88 cnune &0&.

Farceur, dit-elle tout haut. Edna appuya sur le bouton Répondre et un formulaire vierge remplaça le grafiti de son cher comique. Elle appréciait toujours les efforts que faisait son mec pour la faire rire, même si son humour ne la rejoignait pas toujours. C’était un des points sur lequel leurs différences culturelles transparaissaient, rarement mais qui venait toujours lui rappeler la diversité de leur couple.

« Voyons comment tu vas décoder ma réponse, Your Majesty, pensa-t-elle en appuyant sur les touches de son clavier numérique. » Lire le reste de cette entrée »

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Le message

Alexander appuya de toutes ses forces sur son avant-bras pour tenter d’épancher la plaie.

« Damn it, cria-t-il, crazy fucks! »

Les échos de leur pas s’éloignaient en hâte.

Il leva les yeux et chercha au plafond du stationnement souterrain une caméra qui aurait pu avoir capté toute la scène. Rien ne lui sauta à la vue et le sentiment d’impuissance qui l’habitait devint soudainement insupportable. Il se concentra sur son bras.

Les ravisseurs lui avaient laissé un souvenir mémorable: une profonde lacération qui partait du coude et s’arrêtait à quelques centimètres du poignet.

« Shit, jura-t-il en voyant les dégâts » Lire le reste de cette entrée »