Le progrès des visionnaires

Il a maintes fois été dit qu’il ne faut jamais sous estimer un groupe de jeunes gens qui désirent changer le monde. En vérité, il n’y a que cela pour y arriver. Cette jeunesse dont tous les êtres jouissent est un effet secondaire du cycle de la vie, une phase transitoire durant laquelle la mémoire s’emplit des images que l’on appelle dans le langage humain l’expérience. De la jeunesse nait la maturité et de la maturité vient la sagesse. Curieusement toutefois, cet effet secondaire possède lui aussi des effets secondaires, un deuxième ordre de conséquences qui imprime à même le tissu de la vie les motifs mêmes de l’évolution. Sans la jeunesse, rien de nouveau ne serait essayé; sans elle, aucun progrès ne serait jamais accompli. Le manque d’expérience n’est pas, comme les esprits conservateurs aiment le penser, une tare qui n’attend que le temps pour la corriger. Au contraire, les insuffisances des jeunes esprits forcent souvent à poser des gestes qui ne sont pas dérivés d’une réponse automatique poussée par l’habitude. Ces actions viennent plutôt d’une analyse objective de la situation, un exercice d’intelligence qui donne des résultats aléatoires et parfois surprenants. Lisez la suite de cette entrée »

Valses

[Pierre St-Clair] Bon matin et bienvenue à notre antenne. Pendant que ma chère Yolande se sert un petit café, je commence en solo sur un sujet qui me pèse sur le coeur. Vous devinez sans doute que je veux parler ici encore une fois d’Edna Leclerc et de ses acolytes du Nouveau Parti Libéral. Vous savez aussi qu’il y a deux jours l’histoire de ces jeunes entrepreneurs a failli tourner à la tragédie et que s’ils ont évité la catastrophe c’est uniquement grâce à leur extraordinaire capacité à passer aux actes alors que d’autres, et je dois m’inclure aussi dans ce lot, ne savent qu’utiliser les mots.

Vous serez d’accord avec moi que ces jeunes ont une audace déconcertante. Leurs idées politiques embryonnaires manquent totalement de finition. Leur expérience avec les rouages de la gouvernance et pour ainsi dire nulle. La façon dont ils prêchent pour cette technologie qu’ils comptent utiliser pour les aider est insipide et frise le ridicule. Ces révolutionnaires arrivent de nulle part et pensent pouvoir convaincre une population de leur faire confiance, de leur mettre entre les mains le pouvoir et la direction de ce pays pour lequel il a fallu nous battre pour enfin pouvoir extirper des griffes du lion. Lisez la suite de cette entrée »

Affrontement

Ahmed ne comprenait pas ce qu’il voyait. Au moment où il ouvrit la porte, il vit le Dr. Ruger monter sur une table et tourner le dos à une fenêtre ouverte, un geste sans autre but apparent que de cacher quelque chose de son corps. Ce n’est que lorsque la voix de Jeff lui parvint, un écho plaintif accompagné d’un mouvement de tête qui ne dévoila qu’une mèche de cheveux derrière la hanche de sa ravisseuse. Le portrait se dessina au complet lorsqu’il vit les pieds de Jeff attachés aux barreaux de la chaise sur laquelle il était assis et les doigts du Dr. Ruger agrippés sur le siège, prêts à le renverser à la moindre démonstration hostile de sa part.

« Jeff, ça va? » Le ton était plus tendu qu’il ne l’aurait voulu.

« N’entre pas Ahmed, Jeanne était en train de… » Il ne put finir sa phrase, le coude de Ruger frappa son maxillaire d’un mouvement latéral, les cartilages craquèrent, la douleur lui emplit le visage qui enfla comme une baudruche. Lisez la suite de cette entrée »

Descente

Jeff tentait de rentrer chez lui lorsqu’il s’aperçut qu’il était nu. Une panique soudaine s’empara de ses sens et il jeta des regards saccadés autour de lui. D’être vu ainsi par ses camarades de classe serait d’une honte impardonnable et il se demanda s’il ne valait pas mieux retourner dans l’école pour se cacher et peut-être même retrouver ses vêtements. La porte était toutefois verrouillée et il se rappela sans trop savoir comment qu’on était dimanche et que l’école n’ouvrirait pas avant le lendemain. Comment donc s’était-il mis dans une pareille situation de toute façon? Il n’avait pourtant pas l’habitude de sortir de chez lui en oubliant de s’habiller. Et comment s’était-il rendu si loin sans se faire voir? Il oublia les questions puisque les réponses ne venaient pas et se concentra sur le problème devant lui: retourner à la maison incognito. Il fit quelques pas dans la cour de l’école tout en cherchant autour de lui un bout de carton ou de tissu qui aurait pu lui servir de pagne. C’est à ce moment qu’il entendit les cris lointains des enfants qui se tenaient près de l’église. Il était pris!

Jeff se lança dans une course folle en ligne droite vers sa maison. Avec un peu de chance, il arriverait à les battre de vitesse et de gagner un refuge. Il ne serait pas à l’abri des quolibets mais au moins une partie de sa dignité serait sauvée. Il tourna la tête brièvement. Horreur! Ils avaient des bicyclettes! Jeff se mit à pleurer et baissa la tête, redoubla d’efforts. Ses pieds ne bougeaient pas, quelque chose le retenait par le ventre et l’empêchait d’avancer. Les garçons avaient franchi la moitié de la distance et poursuivaient leur violente chevauchée en remplissant l’air autour d’eux des rires fébriles de l’anticipation. Jeff avait perdu tout espoir et était sur le point de s’effondrer. Sa conscience vacilla un instant puis de nouveaux souvenir l’emplirent. Je ne suis pas un écolier, je n’habite plus chez mes parents. Lisez la suite de cette entrée »

Furie

Spidla ne semblait pas vouloir souffrir, c’était un point en faveur de Dannie. Il ne semblait pas non plus tomber pour son bluff et ce point l’irritait joliment. Dannie n’avait jamais torturé qui que ce soit et ce n’était pas là une activité qui figurait sur sa liste de choses à faire avant de mourir. Il comptait faire peur à son captif, lui foutre la trouille pour qu’il déballe son lot sans avoir à lui toucher. Mais le gaillard avait la peau épaisse, il en avait vu d’autres de toute évidence. Mais qu’est-ce qu’un journalier de station de radio avait bien pu faire dans sa vie pour s’endurcir à ce point?

Dannie changea de tactique puisque celle-ci ne mènerait à rien à moins qu’il ne mette ses menaces à exécution. Et encore. Le temps pressait. Comme toujours quand on me demande quelque chose, se dit-il, c’est pour hier. Voyons voir si mon bonhomme a quelque chose à se reprocher. Lisez la suite de cette entrée »