Exploration

Le timbre sonore tira Ahmed du sommeil mais son cerveau paralysé par les endorphines n’arriva pas à décoder le message que quelqu’un lui laissait sur la machine. Avait-il bien entendu la voix de Dannie et ne rêvait-il pas à lui dans la minute qui précédait? Sans importance. Sa nuit n’était pas encore finie, son oreiller l’appelait, il aurait bien le temps de s’en occuper au lever, après la prière et la toilette, après le petit déjeuner. Sans importance, Dannie, mais que pouvait-il bien vouloir à une heure pareille? Il était probablement ivre à la sortie d’un bar et appelait Ahmed pour venir le chercher. Eh bien qu’il prenne un taxi sacré Dannie, incorrigible. Il mériterait de se faire faire les poches par un lourdaud, ça lui apprendrait. Hé hé, le type se ferait probablement déchausser par Dannie, il ne donnait pas sa place dans les situations dangereuses, comme la fois où il avait suivi l’inconnu jusque chez lui et… comment cette histoire avait-elle fini déjà? Ahmed força sa mémoire à se souvenir de ce détail qui lui échappait, fondu dans les vapeurs du sommeil. Son cerveau sécréta une minuscule dose d’adrénaline pour permettre à la mémoire d’effectuer son travail. Tout lui revint d’un coup. Lisez la suite de cette entrée »

Coup de grâce

C’est vers dix-neuf heures le même soir où Dannie partit en cavale que Pierre St-Clair entra dans son Jacuzzi et éteignit les lumières, ne laissant que les flammes dansantes de quelques chandelles faire bouger les ombres tout autour de lui. Cette routine lui permettait de relaxer avant d’aller dormir, la vie d’un morning-man étant insensiblement décalée de plusieurs heures sur le reste de la population qui songeait probablement déjà à trouver le bon endroit pour aller fêter le reste de la soirée. Il tapa quelques boutons sur une télécommande et choisit quelques ballades des Cowboys Junkies et de Dead Can Dance parmi d’autres pour agrémenter son bain. Il ne pensait pas au travail, ses préparatifs pour son émission du lendemain étaient faits depuis trois bonnes heures. Il ne pensait pas au Nouveau Parti Libéral ni à Edna Leclerc qui pourtant occupaient tous deux une part importante de ses heures éveillées. Il pensait plutôt en cet instant à la ravissante et cinglante Cendrine, rencontrée à un cocktail en fin d’après-midi. Il avait failli l’inviter à venir partager sa soirée, voire même son bain, et s’en voulait en ce moment de n’avoir pas insisté davantage. Il avait hésité et elle était partie. Hésité! Avait-il un instant, comme un vieux garçon, fléchi sous la perspective du sommeil qu’il manquerait s’il passait la nuit avec la jeune femme? Vieux crouton! Comment de toute façon arriverait-il à dormir avec l’image de son visage plaquée dans sa mémoire, toujours vivante sur ses rétines? Lisez la suite de cette entrée »

Farstone

C’est dans le train métropolitain que Jeff commença à sentir le trac. Mais pourquoi? Jeff, qui connaissait des centaines de personnes; Jeff, qui était en quelque sorte une vedette de la blogosphère avec son acclamé journal Web Les Chroniques de Télémaque (qui attirait maintenant plus de dix mille lecteurs par jour); Jeff, qui parlait en public avec l’assurance d’un guru devant des panels internationaux sur le développement d’outils Web; Jeff qui n’avait jamais le trac.

Et pourtant, aujourd’hui, il sentait couler dans ses veines un savant mélange de protéines préparé par son cerveau et qui lui contractait la poitrine, lui donnait des sueurs. Le train était partiellement vide, pourtant Jeff se leva attrapa un poteau de sa paume moite. Fichu cerveau qui répondait à des stimulé programmés par des millénaires d’évolution par sélection naturelle, comme il aurait aimé pouvoir mieux le contrôler. Il se promit mentalement de chercher le sujet et d’en connaître l’état de l’art, peut-être que la prochaine fois, il pourrait… Lisez la suite de cette entrée »

La nuit du monstre

Dannie essayait de s’endormir, couché sur le siège de sa moto, les pieds cambrés dans les guidons, mais n’y arrivait qu’à peine. À chaque fois qu’il se voyait sombrer dans les doux bras de l’oubli, une pensée involontaire venait l’en tirer et lui envoyait à travers le corps un jet d’adrénaline qui lui faisait presque mal. Sa poitrine se serrait, ses muscles se crispaient, son cerveau était à la recherche d’une possibilité qu’il n’aurait pas vue. Après quelques cycles de cette danse, il abandonna et se résigna à attendre les petites heures du matin avant d’aller sonner chez l’homme qu’il traquait depuis l’après-midi. Dannie se redressa, s’étira et descendit du siège qui ne lui apportait aucun confort. Il scruta le stationnement du supermarché où il était garé. Des clients sortaient encore du magasin malgré l’heure tardive, les paniers pleins de provisions ou encore une boisson énergétique à la main et un sandwich de l’autre. Dannie trouva l’idée bonne et fut tenté de faire de même. Il ne bougea toutefois pas, soucieux de l’effet négatif qu’une rencontre fortuite, même si improbable, avec l’inconnu pourrait avoir sur son plan. Lisez la suite de cette entrée »

Mises au point

L’appartement d’Ahmed avait fait rougir d’envie plus d’une personne qui y avait mis les pieds. En marge des quartiers branchés, le vaste loft au dernier étage d’une tour à bureaux du siècle dernier donnait en partie sur la montagne, en partie sur la rivière qui scindait la ville en ses parties nord et sud. Il se l’était procuré alors que les prix pour de telles vues se mettaient à grimper et, même si au départ la quantité de travail pour le remettre en état faisait peur, s’y était installé un peu moins d’un an après. Il était assez fier du travail que son frère et lui avaient accompli pour le restaurer et remerciait Allah quotidiennement de lui avoir permis de s’installer plus près du paradis.

En fin d’après-midi, alors qu’il cassait la croûte, son téléphone lui annonça la visite imminente de Dannie. Il fit du café et attendit que le timbre de l’intercom émette sa plainte agressive. Dannie émergea de l’ascenseur quelques minutes plus tard, son visage trahissait l’intensité de ce qu’il venait raconter à son ami. Ahmed lui apporta une tasse et tous deux s’installèrent à la table de la cuisine, devant la montagne et le soleil couchant. Lisez la suite de cette entrée »