Pierre St-Clair connaissait deux versions de la même histoire et ce diptyque ne lui posait aucun problème d’ordre éthique ou professionnel.
“À cause de la faiblesse de nos sens, nous sommes impuissants à distinguer la vérité.”
Il leva les yeux de son écran et regarda par la fenêtre de son bureau, un vue en tous points identique à celle qu’il avait convoitée pendant son ascension en carrière. Son oeil lui envoya deux images, celle au loin des rues, parcs et édifices, et celle tout près, sa propre réflexion transparente, voilée à demie dans un rayon de lumière solaire.
Dans ces moments de rêverie, quelques échos de son jeune temps de journaliste lui revenaient parfois en tête, des tirades bien tournées extraites des chapitres d’introduction des manuels universitaires. Sa préférée, classique et clichée à la fois, faisait office de credo pour nombre de ses collègues.
Le journaliste est avant tout un témoin qui rapporte le plus fidèlement possible les faits importants de la vie de notre société. Il est responsable d’une bonne partie de l’information de ses concitoyens et en ce sens il joue un rôle très important dans une démocratie.
Un rictus lui plissa les yeux et dévoila ses dents. Démocratie, pensa-t-il. Il trouva intéressant de constater que les mots pouvaient toujours être interprétés des plusieurs façons, que leurs définitions devenaient élastiques dans des circonstances changeantes. Lisez la suite de cette entrée »